Témoignage d’un surdoué (2/4) : « Au lycée, je me suis transformé rapidement »

Chroniques

Après une première partie consacrée son enfance dans une famille « intolérante à la différence« , Laurent H. se confie sur sa scolarité de surdoué dans cette deuxième partie. De l’école au lycée, il y exprime deux facettes différentes de sa personnalité. Avec, toujours en fond, ce sentiment de ne pas vraiment être « comme les autres »…

Deuxième partie sur la scolarité de surdoué
Au lycée, « Laurent le rebelle est entré en scène (Photo : Matthew Henry from Burst)

J’ai toujours été bon en stratégie et en manœuvre pour éviter les conflits. Mais beaucoup moins pour affronter la réalité comme mes camarades. Ainsi, pour moi, tout conflit était un échec. Je n’ai jamais supporté l’adversité laissant toujours mes « semblables » gagner pour leur donner ce qu’ils souhaitaient et avoir la paix à l’époque, serrant les poings de colère mais étant incapable de réagir. C’était contre mes principes et je me croyais trop faible.

J’ai souvent saigné du nez, laissant l’initiative à l’autre et n’opposant pas trop de résistance. Les humiliations n’étaient pas faites pour durer, selon moi. A la maison c’était comme ça en tout cas… La culture de la gagne, c’était pas pour moi. La compétition était stupide. Je n’en avais ni la volonté ni l’intérêt étant persuadé de mériter mon sort.

Je suis devenu petit à petit absent de la réalité, absent de ma vie de gamin. Ainsi, j’explorais l’astrophysique et l’archéologie de manière obsessionnelle. Les jeux avec les autres m’étant inaccessibles, je me suis enfermé dans la recherche. Toutes les innovations scientifiques, l’histoire, la biologie, tout ce qui n’intéressait pas les autres… Première tentative de me démarquer.

La difficile scolarité du surdoué

L’appétit était sans fin et ça comblait les manques que je ressentais. C’était ma béquille pour ne pas m’effondrer et m’évader mentalement. Mes parents devaient venir une fois par semaine à l’école, faire le bilan de ma semaine et tenter de me mettre en phase avec le programme scolaire. Échec, échec… Ce fût catastrophique et contre-productif. On me demandait de réciter du « par cœur », des choses qui, pour moi, n’avaient aucune importance ni intérêt car c’était à moi de décider ce que je voulais apprendre ou non.

Plus on me mettait la pression, plus j’échouais. Jusqu’à parfois sortir de mon corps tellement la pression était forte. Je préférais les claques et les punitions à la soumission intellectuelle. Car c’était une effraction dans mon système de pensée et c’était inacceptable pour moi ! Ma confiance était anéantie et j’étais persuadé être handicapé mental, un « pathologique », comme j’aimais me définir.

Mon monde intérieur était mon bouclier, ma carapace, mon refuge. Je savais et voyais ce que les autres étaient incapables de percevoir. Alors, c’était mon secret à moi, mon pouvoir magique. Lire les pensées, les intentions, les mensonges, les rictus qui trahissent les adultes, leurs hors-pistes, les masques que la société leur impose… Tout ça était déjà étudié, pensé, pesé, expérimenté. Et j’étais vraiment bon « télépathe » (dans mon imagination). Je cernais les adultes… Mais chut c’est un secret !

« J’étais enfin capable de rendre les coups si nécessaire »

Ce fût le cas jusqu’à mon adolescence et trois psychiatres plus tard. Là, fut mon entrée au lycée hôtelier. Uniforme et compagnie. Une pension pour classe moyenne, pour ainsi dire… Ce n’était pas mon choix. Mes parents voulaient me mater définitivement. Il fallait que je rentre dans le moule sinon j’étais bon pour faire la manche et vivre comme un « paumé ». C’était ça ou l’armée. Voilà le choix que j’avais à faire ! Sachant que j’étais meilleur en popote qu’en pompe sur un bras, j’ai choisi le moins risqué physiquement….

Je me suis transformé rapidement. C’était difficile au début car j’étais resté timide. Mais j’avais l’opportunité d’être perçu autrement. J’étais enfin capable de rendre les coups, si nécessaire, la violence ayant eu un impact de sorte que je ne craignais plus grand-chose. J’avais quitté la cambrousse pour un lycée en ville : dépaysement et découverte d’une autre mentalité. J’étais tout de même heureux de m’éloigner de la prison parentale, au moins la semaine.

Laurent le rebelle entrait en scène. J’ai fait toutes les conneries qu’un ado peut faire. Je n’en ai pas loupé une. Et mes parents ont payé très cher leur manque d’attention et de compréhension à mon égard. J’étais une bombe atomique ambulante, incontrôlable. Mon intelligence me permettait enfin de dézinguer ce monde avec toute la rage que j’avais accumulé, de mettre à nu tout ce que cet environnement avait comme défaut et de mettre les pieds dans le plat. Allégrement. Tant d’années à subir, je pouvais agir désormais ! Je goûtais au côté sombre de moi-même. Je pouvais exorciser la plupart des peurs et blocages qui me hantaient depuis l’enfance.

A suivre…

Retrouvez les autres épisodes de la série « Témoignage d’un surdoué »

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