Monique de Kermadec

Monique de Kermadec : « Mon livre est dédié aux surdoués et à tous ceux qui partagent leur vie »

Entretiens Interviews

Fin septembre 2020, Monique de Kermadec a publié Le Surdoué et l’amour aux éditions Albin Michel. La psychologue-clinicienne, psychanalyste spécialiste des surdoué, y analyse les rapports des personnes à haut potentiel intellectuel (HPI) aux relations amoureuses. Elle répond aux questions de La Revue du Zèbre et nous en dit plus sur ses conclusions et sa méthode…

Monique de Kermadec
La couverture du livre Le Surdoué et l’amour (DR : Editions Albin Michel)

La Revue du Zèbre – Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire ce livre sur le surdoué et l’amour ?

Monique de Kermadec : Qu’est-ce qui fait courir le monde? L’amour et ses promesses d’harmonie, de partage et d’entente. L’amour qui donne à ceux qui le vivent le sentiment d’être enfin compris, écoutés, entendus. Les durs moments que nous venons de vivre et qui nous mettent encore à l’épreuve le rendent plus important que jamais.

Mon expérience de clinicienne et les nombreuses lettres que je reçois m’ont fait prendre conscience des difficultés que les surdoués éprouvent dans l’établissement et le maintien d’une relation amoureuse. Mon livre leur est dédié et à tous ceux qui les côtoient ou partagent leur vie. Il est important qu’ils sachent que l’on peut aimer et être aimé avec profonde satisfaction.

La Revue du Zèbre – Sur quelles études et/ou corpus basez-vous vos conclusions ?

Monique de Kermadec : Mon ouvrage est basé sur une expérience clinique de plus de vingt-cinq ans. Hommes et femmes surdoués, adolescents, adultes ou d’âge avancé, m’ont apporté leurs questionnements, leurs difficultés, leurs tentatives et leur réussites.

Le sujet n’a pas encore fait l’objet de recherches en France et on ne peut que souhaiter que celui-ci retienne l’attention des spécialistes de la douance. Les études longitudinales que je cite sont américaines. En dépit de certaines différences culturelles, leurs conclusions vont dans le sens de mes propres observations.

La difficile quête amoureuse du surdoué

La Revue du Zèbre – En quoi les personnes HPI sont-elles, selon vous, plus enclines à connaître une quête amoureuse difficile ?

Monique de Kermadec : Nombreux sont les surdoués qui se sont sentis différents dès leur petite enfance et qui ont eu du mal à se faire des amis. Leurs codes de communication ne coïncidaient déjà pas avec celui des autres. Plus grands, tout aussi intenses, dans l’urgence à agir, complexes, perfectionnistes, hypersensibles et percevant le monde différemment, leur quête amoureuse peut être difficile. Tous ces points expliquent les possibilité de malentendus, les blessures narcissique, les ruptures. Notons que tout ceci n’a pas à rester une fatalité et qu’il existe des solutions.

La Revue du Zèbre – En page 72 de votre livre, vous écrivez « dans leur relations « traditionnelles » de couple, les surdoués ne consentent pas toujours à conjuguer amour et vie commune. Cette difficulté de vivre à deux sur le long-terme est-elle spécifique des surdoués ?

Monique de Kermadec : Certains surdoués, engagés dans une relation forte et durable, font effectivement le choix de ne pas vivre avec leur partenaire. Leur intense activité intellectuelle, leur impose des moments de retraite pour trouver le calme. Le bruit, la présence et l’attente de l’autre les agressent. Ils ont besoin d’être seuls pour que leur créativité, leur productivité, s’épanouissent.

Ceux qui font fi de ce besoin se retranchent dans un mutisme rarement compris par l’autre et qui finit par poser problème. Il va de soi que de nombreux surdoués vivent classiquement et heureusement en couple !

Monique de Kermadec analyse le besoin de nouveauté des HPI

La Revue du Zèbre – Plus loin, vous abordez la question de l’homosexualité pour les femmes HPI comme celle d’une découverte. Le surdouée ou la surdoué est-il spécifiquement en quête de nouveauté, de variété, dans sa vie sexuelle ?

Monique de Kermadec : Les besoins sexuels varient tout autant dans la population des surdoués que dan la population dite normale. Ils varient de même chez les hommes et chez les femmes. Le besoin de nouveauté du haut potentiel peut se satisfaire de multiples manières. Si leur vie sexuelle se révèle insatisfaisante, ils chercheront parfois satisfaction à l’extérieur mais ne remettront pas pour autant en question leur couple et les satisfactions profondes que celui-ci leur procure.

La Revue du Zèbre – Dans le couple, les surdoués demandent-ils vraiment l’impossible ? Se l’imposent-ils également ?

Monique de Kermadec : Les surdoués ont parfois des attentes impérieuses qui peuvent rendre leurs relations difficiles. Ce qu’ils souhaitent obtenir de l’autre toutefois n’est rien d’autre que ce qu’ils cherchent eux-mêmes à offrir. Ils veulent des échanges profonds, renouvelés et enrichis. Ils veulent une complicité, des valeurs partagées. S’ils paraissent hyper exigeants, ils le sont avec eux-mêmes.

La Revue du Zèbre – Observez-vous également des spécificités chez les personnes HPI dans le cadre d’une rupture amoureuse ?

Monique de Kermadec : Point crucial dans la vie de tout un chacun, la rupture est parfois inévitable. Quand les surdoués se trouvent dans cette position j’ai pu constater qu’ils arrivaient plus facilement à pardonner que la moyenne des gens, à envisager la situation sous différents angles et à la dépasser.

La pensée dite en arborescence leur est dans ce cas d’un grand secours même si un temps de deuil leur est nécessaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *