[Interview] Haut Potentiel Intellectuel : une pétition pour une journée de sensibilisation

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Lucille Vigné anime la communauté La Zébrelle, autour de la neuroatypie et du haut potentiel intellectuel. Dans ce cadre et dans le foisonnement de ses activités, elle propose depuis quelques temps une pétition. Celle-ci vise à la mise en place d’une journée de sensibilisation sur le haut potentiel intellectuel. Elle nous en dit plus dans l’interview qui suit…

Haut potentiel
Au moment de la publication de cet article, la pétition regroupe 337 signature (DR)

La Revue du Zèbre – Vous avez lancé une pétition destinée à l’instauration d’une journée de sensibilisation au haut potentiel. Qu’est-ce qui motive votre démarche ?

Lucille Vigné : J’ai décidé de créer et d’animer une communauté de sensibilisation à la neuroatypie nommée La Zébrelle, un an après avoir découvert mes fonctionnements cognitifs et le monde de la neurodiversité. En effet, j’étais en accord avec moi-même. Je savais parfaitement où j’allais et j’adorais travailler sur moi. Je gérais tout moi-même et j’étais libre !

Qui plus est, j’avais des tas de projets entrepreneuriaux, des intérêts créatifs et sportifs qui me nourrissaient. Mais, et bien sûr, il y a toujours un « mais », je me sentais toujours en décalage avec les autres. Et on me faisait beaucoup de remarques telles que : « tu vas trop vite », « ce n’est pas comme ça qu’on fait », « tu es instable », « tu cherches trop la petite bête », « arrête d’analyser, tu n’es pas psy », « c’est tout ou rien avec toi ! »…

Bien sûr, je ne prenais pas forcément ces remarques en compte. Pour moi, ce sont les autres qui avaient un problème. Pour moi, c’était comme ça et pas autrement, et cela, depuis mon plus jeune âge. J’ai toujours pensé que je venais de la planète Mars. J’étais à part et cela s’est fait ressentir davantage lorsque j’ai rejoint le fameux monde de l’entreprise.

D’ailleurs, j’ai toujours eu de la chance en tant que stagiaire. On me laissait faire ce que je voulais, car j’étais très créative, sauf lors de mon premier stage. Celui-ci s’est mal déroulé, parce que lorsque mon maître de stage voulait m’enseigner quelque chose, soit je le savais déjà soit j’argumentais sur le sujet et il était souvent froissé.

Lorsque je suis rentrée dans le monde du travail, j’ai eu un choc. Il fallait suivre des processus bien précis qui n’étaient pas toujours clairs ni bénéfiques pour la société. De plus, on me disait toujours que le poste était assez complexe et que je mettrais du temps à le maîtriser. Cependant, au bout d’une semaine, j’étais déjà aux commandes et un mois après s’il n’y avait pas de challenge, je m’ennuyais. Au départ, je ne tenais pas plus de deux mois en entreprise, car je n’étais pas stimulée. Ensuite, lorsque je changeais d’entreprise, en entretien, je soulignais que j’aimais le changement et on m’embauchait pour mon profil atypique.

Mais c’était toujours le même scénario. L’entreprise cherchait soit disant le changement et la nouveauté. Et c’était finalement tout le contraire. J’étais donc souvent étiquetée comme la rebelle qui voulait changer les process pour le manager. Et celle qui empiétait sur les missions des autres. Ou qui cherchait à prendre la place de certains salariés bien installés à cause de mes propositions et de mon côté touche-à-tout. En clair, je faisais peur ! Et, quand rien ne changeait et bien je démissionnais du jour au lendemain.

La Zébrelle : « Le monde du travail n’était pas pour moi »

Par ailleurs, j’avais beaucoup de chance, car je trouvais toujours un nouvel emploi assez facilement. Et à cette époque, cela était incompréhensible pour moi à cause de ce fameux syndrome de l’imposteur qui me tenais. Après ces expériences, j’avais compris ce monde formidable qu’était l’entreprise. Puis j’ai décidé de persévérer et d’essayer de garder un poste une année complète en changeant de poste chaque année, car c’était le minimum syndical. Au total, j’ai fait quatre bore-out et un burn-out.

J’ai fini par me dire que le monde du travail n’était pas pour moi même si j’adorais mon rôle de manager. J’ai fait une pause et c’est après ce burn-out que j’ai découvert l’hypersensibilité puis le haut potentiel. Et tout cela perça le mystère de ma petite planète Mars intérieure.

C’était une révélation, une réponse à mes fonctionnements, mes pensées, ma sur- adaptation, mes obsessions, mes insomnies, mes agacements, mon perfectionnisme, mes challenges, mes détails, ma rapidité de traitement, mes multiples activités, mes doutes, mon syndrome de l’imposteur, mes bore-out, mes décalages… J’avais trouvé la pièce manquante. Enfin presque.

Ainsi, une année après avoir fait ces découvertes, j’étais freelance et j’avais encore plus de temps à consacrer à mes projets et à la neuroatypie qui est devenue une mission de vie à part entière. J’ai toujours besoin de savoir pourquoi et comment, c’est vital. Je m’adonne à la connaissance de soi qui a toujours été la clé de ma vie. Et je trouve que c’est exaltant de pouvoir mettre des mots sur nos fonctionnements. Cela aide à en savoir plus concernant nos besoins, nos craintes et surtout sur la raison de notre existence.

Personnellement, je suis ici pour faire avancer le monde avec mes petits pas, mes petites actions afin que les différences cognitives soient connues, reconnues et acceptées. Et c’est une des raisons pour laquelle j’ai lancé cette pétition. C’est une démarche personnelle et je pense qu’elle peut être partagée.

Sensibiliser et informer sur le haut potentiel

La Revue du Zèbre – En quoi, selon vous, est-il important de sensibiliser le grand public au haut potentiel ?

L.V. : Le haut potentiel et plus particulièrement les personnes à haut potentiel sont encore peu connues et peu comprises en France. Ainsi, cette journée permettrait de sensibiliser et d’informer les professeurs, psychologues, dirigeants d’entreprises, parents, enfants et de pouvoir accompagner ensemble et au mieux ces personnes au sein de notre société et de pallier ces différences.

Le haut potentiel touche une grande partie de la population (enfants et adultes) car, lorsqu’une personne est haut potentiel, elle touche tout son entourage. Cependant, dans les représentations collectives, les personnes à haut potentiel sont encore trop souvent associées aux résultats académiques brillants, aux professionnels prospères et aux scientifiques prestigieux.

Les personnes à haut potentiel ont une intelligence différente, notamment en matière de vitesse d’acquisition plus importante et de capacités de mémorisation. Il est également à noter une intuition souvent fine et une intensité émotionnelle plus forte (voire une hypersensibilité). Mais d’autres caractéristiques ont été constatées par les psychologues cliniciens. Ces différences peuvent générer un sentiment de décalage. Qui peut se manifester par des difficultés d’adaptation ou une sur-adaptation à la société, et ce parfois pendant toute leur vie.

Ils constituent 2,5% de la population. Or, ces personnes à haut potentiel sont source de valeur par leur créativité et leurs capacités d’innovation, lorsqu’elles se sentent acceptées et à leur place. D’où l’intérêt de les prendre en considération, dès l’enfance, et même au-delà durant toute la vie professionnelle.

L’objectif de cette journée serait de faire un pas en avant, afin de sensibiliser, de permettre à toutes les personnes à haut potentiel de s’exprimer, mais également de faire évoluer la connaissance de ces profils et au-delà de les reconnaître pour qui ils sont et ce qu’ils peuvent apporter à la société. Il existe des journées de sensibilisation pour l’autisme, le TDA-H, les dys, l’hypersensibilité et pourquoi pas pour le haut potentiel ?

La communauté de La Zébrelle

La Revue du Zèbre – Vous animez la communauté « La Zébrelle ». Quel est son objectif ? Quels types d’actions menez-vous avec ce collectif ?

L.V. : Une année après mon burn-out, j’ai créé la communauté la Savane de la Zébrelle. J’ai commencé avec un compte Instagram. C’était un endroit où j’avais envie de laisser tomber le masque et de dire tout ce qui me passait par la tête sur mes fonctionnements, mon environnement et mes besoins qui pouvaient ne pas être compris en entreprise comme dans mon entourage. La Savane de la Zébrelle propose aux curieux et à toutes les personnes qui viennent d’apprendre un haut potentiel, un TSA, un TDA-H, un DYS ou une hypersensibilité chez elle ou chez un de leurs proches de la rejoindre pour se sentir moins seule, trouver des réponses, partager leur expérience et se soutenir.

Dans la Savane on peut regarder des vidéos de professionnels, coachs, parents, éducateurs sur mon compte Instagram. Mais aussi consulter La Gazette, c’est une newsletter que j’envoie une fois par mois. C’est du contenu et du partage sur la « neuroatypie », que ça soit sur le TDAH, l’autisme, le haut potentiel ou les dys.

On peut également visiter Le Safari, un endroit de partage, d’entraide et de découverte que ça soit un professionnel, une personne inspirante, une association, un entrepreneur, un projet créatif ou tout simplement des personnes qui veulent faire bouger les choses avec dévotion et passion. Mais également rejoindre le serveur Discord pour discuter.

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Les cartes de la Zébrelle sur le haut potentiel (DR)

J’ai aussi créé des cartes de sensibilisation au haut potentiel qui sont utilisées par des familles, des psychologues, des formateurs… De plus, je poste chaque semaine sur les réseaux et j’ai commencé à partager des wikis et activités créatives. Je compte, de même, créer d’autres cartes ou jeux de sensibilisation sur les différentes intelligences cognitives. Le prochain sur la liste est le TDA-H que je réalise avec une psycho-éducatrice spécialisée.

J’ai beaucoup d’autres projets sur papier et dans ma tête. Je compte m’entourer et m’associer avec plus de professionnels, structures et associations qui veulent aussi faire bouger les choses. Mon prochain objectif est l’éducation, car tout commence dès l’enfance. J’aimerais intervenir et organiser des ateliers dans les écoles inclusives dans un premier temps puis dans les écoles publiques.

Enfin, cela fait un an que j’ai créé le projet La Zébrelle. J’ai lancé la pétition il y a sept mois et je l’ai laissée de côté, car je n’avais plus le temps de m’en occuper. Aujourd’hui, c’est le premier projet à réaliser sur ma liste. Merci par avance pour votre soutien.

La médiatisation du HPI à la fois positive et négative

La Revue du Zèbre – Globalement, comment jugez-vous le traitement médiatique du haut potentiel intellectuel en France ?

L.V. : Le haut potentiel est un sujet très controversé. Que ce soit dans les médias ou dans le milieu professionnel. Il a suscité beaucoup d’intérêts ces dernières années. D’ailleurs, il a même fait l’objet d’une série sur TF1.

D’une part, je trouve que c’est un point positif, car ça permet d’ouvrir le bal. D’autre part, ce type de série peut être maladroite dans la façon d’amener le sujet. Car premièrement, c’est de la fiction et deuxièmement cela peut enfermer le grand public dans le mythe du haut potentiel. Comme par exemple celui du génie ou de l’élève brillant, si le téléspectateur ne se renseigne pas davantage.

Cependant, je pense tout de même qu’il faut rester optimiste, car nous avons déjà fait un grand pas et nous devons continuer en ce sens. Par exemple, il y a de plus en plus de sociétés en France qui créent des groupes inclusifs et qui embauchent des profils atypiques. Du côté de l’éducation, c’est plus compliqué. Mais il y a de plus en plus d’acteurs, d’écoles et de psycho-éducateurs qui proposent des programmes et ateliers. C’est en continuant d’en parler et de sensibiliser que nous récolterons les fruits de notre travail pour les générations futures.

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