Bravokid

[Interview] Bravokid : des badges pour « marquer les grands moments de la vie » des enfants

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Avec Bravokid, Coline Jouan propose des badges. Ils servent aux parents qui souhaitent montrer à leurs enfants qu’ils sont fiers de les voir franchir certaines étapes de la vie. La fondatrice nous en dit plus dans l’interview qui suit.

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Bravokid propose dix badges (DR : Bravokid)

La Revue du Zèbre – Pouvez-vous nous présenter Bravokid en quelques mots ?

Coline Jouan : Bravokid, ce sont des badges que les parents offrent à leurs enfants pour marquer les grands moments de leur vie. Ils se destinent aux petits de 3 ans à 9 ans. L’âge où on se socialise en entrant à l’école, l’âge où des étapes fondatrices sont franchies : la lecture, l’écriture, les vacances loin du nid, faire du vélo sans roulettes (et son dommage collatéral : les gros gadins). Ce sont, en quelque sorte, des marqueurs symboliques, pour matérialiser non pas les résultats d’un enfant, mais les efforts (parfois colossaux !) qu’il a développés pour y parvenir.

Les badges et les petits conseils qui les accompagnent agissent comme un support de communication pour un adulte qui veut traduire “j’ai vu que c’était difficile pour toi et je suis fier·e que tu te sois accroché·e”. Et pour l’enfant qui reçoit son badge, c’est la preuve tangible, durable, symbolique qu’il arrive à faire des choses ! Et il se souviendra de ce moment-là, davantage qu’avec un cadeau ou un simple Bravo dilué au milieu de dizaines de bravo 🙂

L’idée de Bravokid remonte à 2014

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DR : Bravokid

La Revue du Zèbre – Comment avez-vous eu l’idée de lancer la marque Bravokid ?

Coline Jouan : Il faut pour cela remonter en 2014. Ma ma fille avait 3 ans et demi. Des séparations un peu compliquées au portail de l’école, un air résigné qu’on ne lui connaissait pas quand on la laissait en vacances chez ses grands parents, et plusieurs opérations bénignes mais sous anesthésie générale : j’avais envie de lui montrer à quel point je voyais qu’elle avançait, que je mesurais très bien ses efforts et que j’étais admirative de la force qu’elle y mettait.

À l’hôpital, elle avait d’ailleurs reçu un “diplôme de la bravoure” pour son opération des amygdales. Elle l’a gardée si précieusement, comme une preuve, un souvenir, pas une récompense mais une reconnaissance. Comme on garde comme un trésor quand on est jeune, ses trophées, coupes, médailles sportives. C’est ceci qui m’a motivée à lancer Bravokid : tout un symbole et rien qu’un symbole !

La Revue du Zèbre – Vous expliquez avoir dû la sortir au forceps tant vous avez rencontré des difficultés à dépassionner le sujet. En quoi cela s’est-il avéré difficile ?

Coline Jouan : Alors dans les excuses officielles qui expliquent le fait que je ne donne toujours pas assez d’ampleur à Bravokid, il y a celle du temps disponible. D’où les forceps, symbole de l’accouchement long et douloureux. J’ai une autre société, dans la communication digitale, qui tourne bien et qui ne me laisse pas vraiment le loisir de me mettre à fond sur autre chose.

Dans les excuses officieuses : je n’ai jamais eu confiance en moi, même si mon extraversion pourrait traduire l’inverse. J’ai peur de l’échec, j’ai peur aussi de la réussite, aussi. C’est cocasse, puisque Bravokid vise précisément renforcer la confiance en soi des enfants. C’est doublement cocasse, puisque j’ai monté une autre entreprise qui tourne depuis 8 ans !

Excuses… et contraintes !

D’autres contraintes, que connaissent peut-être vos lectrices et lecteurs, s’y ajoutent :

1/ Je n’ai pas appris à apprendre (et c’est compliqué de s’y mettre à l’âge adulte pour des sujets qui ne me passionnent pas comme le marketing, la vente…),
2/ Ça me gêne de demander de l’aide, j’ai peur de décevoir en retour.
3/ Il faut que ce soit parfait. Quitte à ce que ça ne soit…pas fait.
4/…Oh tiens, une nouvelle idée !

Je vois donc Bravokid comme l’opportunité de me confronter à des problématiques qui induisent systématiquement chez moi des stratégies d’évitement. Donc j’y vais progressivement !

La Revue du Zèbre – Quels types de badges proposez-vous ? A quoi servent-ils ?

Coline Jouan : Pour l’instant nous avons 10 badges disponibles. L’écrivain, le lecteur/lectrice et le cycliste sont pour les apprentissages techniques. Les 7 autres symbolisent quelques grandes étapes que peuvent franchir nos enfants :

  • Ecolier quelle révolution d’entrer en petite section !
  • Big One Devenir l’aîné·e, ça remue pas mal l’ordre établi !
  • Grand Voyageur Se séparer, coeur gonflé, de ses parents, pour les vacances…
  • Rocky apprivoiser la douleur d’un bobo, la peur des rdv médicaux
  • Ma Dent ! Et si elles ne repoussaient JAMAIS ?
  • Herbivore Oui, c’est normal de manger des légumes. Mais l’apprentissage du goût n’est pas une mince affaire pour certains.
  • Victoire Secrète : 8 badges Etoile à collectionner pour toutes les petites victoires intimes à la famille, les pas de géants de l’enfant, dont seuls les parents mesurent l’importance.

Nous prévoyons une campagne de crowdfunding début 2021 pour nous permettre de dessiner, produire et proposer une dizaine d’autres badges comme le Protecteur des Animaux, le Greta Thunberg, le dauphin, le Coeur Vaillant ou la DYStinction !

L’enfant HPI parfois attendu au tournant

La Revue du Zèbre – Comment peut-on se procurer les badges Bravokid ?

Coline Jouan : Pour l’instant, uniquement en ligne sur mon site Internet. La campagne de crowdfunding à venir servira également à financer une partie du travail d’un·e commercial·e, qui sera chargé·e de démarcher les boutiques spécialisées jeunesse, les librairies, les magasins de jouets tout au long de l’année.

La Revue du Zèbre – En quoi ce système de badge peut-il être pertinent pour un jeune HPI, selon vous ?

Coline Jouan : Dans “jeune HPI”, je lis d’abord le mot “jeune”. C’est avant tout, ce qui caractérise la population auprès de qui Bravokid veut être utile. Tous les enfants ont besoin de voir dans les yeux de leurs premiers référents, leurs parents, la fierté, la bienveillance, l’attention. C’est grâce à ce miroir, cette image rendue, qu’ils peuvent aborder la société bien à l’aise dans leurs baskets.

L’enfance, c’est aussi un temps où tout est possible, un monde que nous, les parents, pouvons rendre magique. Parfois simplement en se souvenant de ce que c’est d’avoir 3, 5 ou 8 ans. Et prendre le temps de regarder évoluer son enfant, ne rien presser, se souvenir que toutes les fleurs n’éclosent pas au même moment.

L’enfant HPI est parfois attendu au tournant. On pense que sa précocité devrait être homogène, que si certains domaines pèchent c’est l’expression de la flemme. “Tu as des capacités, ne les gâche pas”. On lui colle inconsciemment une étiquette, il est n’est plus que “différent”, on l’enferme dans un déterminisme. Pourtant l’enfant HPI est avant tout un enfant. Inégal dans ses apprentissages, très en avance sur certains, très en retard sur d’autres, par rapport à une “norme” (un des mots les plus moches du monde !) qui stresse les parents. Bravokid est là pour célébrer sa maturité balbutiante, le raccrocher à l’enfance !

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