Enfants surdoués

Abus de langages, généralités… Le Figaro et France Culture s’attaquent aux enfants surdoués

Adultes Scolarité

Après avoir allègrement présenté les enfants surdoués comme des « petits génies », la presse généraliste semble désormais s’attaquer à eux. En témoignent deux articles au contenu plutôt réactionnaire et désagréable publiés le 31 octobre par Le Figaro et le 4 novembre 2019 par le site de France Culture.

Enfants surdoués
Captures d’écran des articles du Figaro et de France Culture

Entre jeudi 31 octobre et lundi 4 novembre 2019, vous avez probablement profité d’un week-end à trois jours bien mérité. Et tant mieux ! Mais sachez que, pendant ce temps, deux médias grand public se sont penchés sur la question des enfants à haut potentiel intellectuel (HPI). Et quand on s’attarde sur le résultat, le moins qu’on puisse dire, c’est que ça pique un peu. Beaucoup même !

Les rédactions du Figaro et de France Culture ont opté pour l’angle de la supposée hausse actuelle du nombre d’enfants surdoués. Enfin, dit comme ça, ça s’entend. Mais, en réalité, Le Figaro titre plutôt sur « l’inflation des faux surdoués ». Quant à France Culture – dont le slogan est, rappelons-le, « l’esprit d’ouverture » -, la station de radio se pose la question suivante : « Surdoués, précoces : a-t-on tendance à surdiagnostiquer les enfants ? »

« Diagnostiquer » les enfants surdoués ? Un abus de langage

Sur son site Internet, la radio retranscrit un entretien avec Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS et professeur de psychologie à l’Ecole normale supérieure. Il est interrogé dans le cadre de « La question du jour ». Avant que l’entretien ne débute, la notion de « diagnostic » apparaît déjà 3 fois dans le titre et l’introduction de l’article. Or, c’est clairement un abus de langage.

En effet, il suffit d’ouvrir n’importe quel dictionnaire pour y trouver la définition de cette notion. Il s’agit de l’« identification d’une maladie à partir de symptômes ». Aussi, précisons-le à nouveau, le HPI n’est pas une maladie. Il n’y a donc absolument aucune raison de parler de « diagnostic ». Les idées d’identification, de détection ou de mise en évidence semblent nettement plus pertinentes. Et pourtant, dès sa première réponse, Franck Ramus parle, lui aussi, des « diagnostics un peu abusifs » d’enfants surdoués.

Généralités et jugements insultants

De son côté, Le Figaro évite cet écueil. En revanche, le quotidien national n’hésite pas à généraliser et à empiler les idées reçues. Le tout donnant un article qui ridiculise les enfants surdoués et leurs parents. Il cite notamment une enseignante qui assure que « les enfants insupportables ou en difficulté scolaire sont souvent présentés comme précoces par leurs parents ».

Dans une interview diffusée en annexe, Caroline Goldman, docteure en psychologie et psychologue pour enfants, considère que le HPI est « devenu une caution à être pénible ». De con côté, France Culture ne fait pas non plus dans la dentelle. « Un élève est distrait en classe. Il a des difficultés à suivre ses cours. Après consultation, la réponse du psychologue est sans appel : il est précoce », peut-on y lire. Alors, si un jour un spécialiste affirme que votre enfant est HPI après une simple consultation, sans aucun test, fuyez ! C’est certainement un charlatan. Et il en existe un certain nombre qui gravitent autour des surdoués actuellement.

Evidemment, le fait d’être intellectuellement précoce ne condamne pas un enfant à souffrir. Le HPI n’explique pas, non plus, les éventuels problèmes de comportement. Il n’excuse pas non plus de possibles manquements éducatifs. Néanmoins, il semble, à l’inverse, abusif de nier les difficultés sociales et les conséquences du décalage subies par de nombreux enfants surdoués à l’école.

L’intelligence présentée comme unique facteur de réussite scolaire

Or, le dossier du Figaro évacue sans ménagement cette réalité. Il fait passer le surdon uniquement pour « une richesse ». Et décrit les parents d’enfants intellectuellement précoces comme narcissiques. En témoigne la citation de Caroline Goldman mise en exergue : « C’est valorisant de penser qu’on a un fils intelligent plutôt qu’un petit dragon ».

La psychologue affirme d’ailleurs, sans citer de sources précises, que le quotient intellectuel (QI) des enfants surdoués est « statistiquement corrélé à une plus forte réussite scolaire ». Jusque-là, pourquoi pas ? Mais, ensuite, elle assure que « l’ENA, Normale Sup, Polytechnique sont remplis de personnes à haut quotient intellectuel… » Voilà comment, en une phrase assénée comme une réalité scientifiquement prouvée, on occulte le facteur social dans l’étude des inégalités face à l’accès aux hautes études. Enfin, pas totalement, puisque dans un encadré, le journal, citant Nicolas Gauvrit, avance que si « les forts QI existent dans tous les milieux, les enfants HPI sont par exemple « surreprésentés dans les milieux favorisés » ». Mais Le Figaro oublie ici de préciser qu’il faut dépenser plusieurs centaines d’euros pour faire passer un test de QI à son enfant. Il semble donc tout à fait logique de constater un taux plus élevé d’identification dans les familles qui disposent de davantage de moyens financiers…

Si vous avez lu ces articles, nous serions curieux de connaître votre avis. Sans nier les possibles dérives liées à l’effet de mode autour du HPI induit par l’explosion des études pseudo-scientifiques, le côté réactionnaire du traitement de la question par Le Figaro et France Culture questionne. Pourquoi pointer du doigt les enfants surdoués et leurs parents de la sorte ? 

Retrouvez notre dossier sur la scolarité des enfants surdoués

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